Association Théosophique Contre les Fondamentalismes Religieux
La société multiculturelle est un échec.
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Le Conseil Constitutionnel a validé la loi. Sa motivation se résume à trois points fondamentaux:

  • 1) le voile intégral constitue un « danger pour la sécurité publique »,
  • 2) il ne répond pas aux « exigences minimales de la vie en société »,
  • 3) il place les femmes « dans une situation d'exclusion et d'infériorité manifestement incompatible avec les principes constitutionnels de liberté et d'égalité »
  • Voile islamique: le silence coupable des femmes françaises.

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    Il est important de visiter ces sites animés de prosélytisme.

    Pardonnez-nous mais le temps presse et le sujet est trop important pour vous abreuver de nos commentaires incomplets. C'est pourquoi nous avons regroupé ici les nombreux articles glanés sur la "toile". Il faut de longues années d'étude pour bien connaître à fond une doctrine, surtout si nous sentons, dès les premières lignes, qu'il s'en dégage une noblesse qui vous plonge dans l'enthousiasme et le respect. A vous belle lectrice et charmand visiteur de vous forger vos opinions.

    Définition: (source Ismaili.net)

    "On nomme Ismaéliens les membres d'une secte chiite (Islam) qui regarde Ismaël, fils de Djafar es-Sâdiq, comme ayant été le dernier des imams parus sur la terre. On leur donne aussi le nom de Bâthini (partisans du sens interne), parce qu'ils n'admettent que l'interprétation allégorique du Coran dont le sens apparent n'a pour eux aucune valeur."

    Voilà un regain d'espoir. Nous devons pas nous arrêter à une lecture basique du Coran qui demeure incompréhensible pour un esprit européen, mais en déduire un interprètation allégorique. Pour celles et ceux qui voudraient connaître en profondeur la trajectoire historique de cette docrine ismalelite, suivez le lien ci-dessus. Pour faire court nous allons surtout nous interesser à l'ismaelisme d'aujourd'hui.


    Suite de la définition: Les ismaélismes contemporains
    Compte tenu de l’histoire de l’ismaélisme, il est préférable de parler des doctrines ismaéliennes plutôt que de la doctrine ismaélienne. On peut néanmoins les répartir en deux grands ensembles : la doctrine tayyibite ou bohra, qui est issue de la doctrine fatimide, et la doctrine nizarite, qui présente une situation plus complexe du fait de la diversité des communautés qui s’y rattachent. La continuité entre la doctrine fatimide et la doctrine tayyibite est évidente, puisque les Bohras étudient toujours les œuvres des auteurs fatimides comme al-Kirmani ou al-Qadi al-Nu‘man.

    Cela dit, si la doctrine fatimide reste la doctrine officielle des Bohras, le da‘i al-mutlaq détient toujours une autorité absolue sur ses fidèles qui est en tout point calquée sur celle de l’imam caché. En réalité, aucun Bohra ne peut entreprendre quoi que ce soit sans son autorisation. Cette dépendance est scellée par le serment (mithaq) que prête tout fidèle vers l’âge de 15 ans, et qu’il renouvelle chaque année à l’occasion de la fête de Ghadir Khum. En outre, les Bohras versent 7 taxes obligatoires au da‘i, auxquelles s’ajoutent des taxes extraordinaires. Bien que les ablutions soient les mêmes que pour les sunnites, les Bohras prient à la manière shiite. Comme pour les autres musulmans du sous-continent indien, le culte des saints tient une place importante dans leur pratique religieuse. Les Bohras célèbrent les principales fêtes musulmanes, sunnites et shiites, et des fêtes spécifiques : ce sont les anniversaires des da‘is importants et du da‘i en fonction. C’est sans doute parmi les rites de passage que l’indianisation du rituel bohra est la plus apparente.

    Chez les nizarites, l’isolement des communautés a favorisé un développement séparé de certains aspects des rites et de la doctrine, marqué par une tendance au syncrétisme plus ou moins accentuée suivant le milieu culturel local. A cet égard, le cas des Khojas est représentatif. Leur littérature religieuse est composée de ginans. Un ginan (du sanscrit jnana, c'est-à-dire connaissance), composé par un missionnaire (pir), est un hymne sacré qui contient des exhortations à suivre la Voie droite (sat-panth). L’acceptation de celle-ci implique une triple nécessité : être droit dans la vie quotidienne, pratiquer régulièrement la méditation et participer à tous les rituels et à tous les devoirs relatifs à la communauté. Le monde est décrit comme un lieu d’illusions et le croyant doit lutter contre les passions qui ne peuvent conduire qu’à la destruction de l’âme. Pour le croyant, le salut est possible par la subjugation des impulsions égoïstes : elle s’accomplit en ouvrant son cœur à la dévotion amoureuse du nom divin (nam). Ce nom est symbolisé par la formule qui est prescrite dans la méditation quotidienne pour la remémoration (samaran ou zikr), qui doit être accomplie à l’aube. L’unique rétribution est l’illumination, accordée à travers la grâce de l’imam ou du pir, en qui repose une parcelle de lumière divine (nur). Ce nur, qui est sans aucun doute le concept central de l’ismaélisme nizarite, désigne le principe spirituel de la création dont le dépositaire sur terre est l’imam. Mais, parallèlement à l’illumination intérieure, le croyant doit s’engager totalement au sein de la communauté (jamat, équivalent de l’arabe tariqa, plus usité de nos jours) et faire preuve de certaines qualités morales comme l’honnêteté dans les affaires ou la charité envers les pauvres. L’un des points les plus intéressants de la doctrine ginanienne est la reformulation par les pirs, dans un contexte hindou, du concept ismaélien de la manifestation de l’imam (mazhar). Dans la théologie vishnouite, la dixième manifestation du dieu – Kalki ou Naklanki sous sa forme khoja – est à venir. Les ginans affirment que ‘Ali est Naklanki. On trouve par ailleurs dans les ginans la doctrine des quatre âges (yuga) – des quatre cycles cosmiques, pendant lesquels l’univers est périodiquement créé et détruit. Notre époque s’inscrit dans le quatrième yuga, le kali yuga, qui est un cycle de destruction. Cette conception cyclique de l’histoire a été adaptée à la conception cyclique de l’ismaélisme fatimide qui faisait alterner des cycles de manifestation et des cycles d’occultation.


    Sultan Muhammad Shah Aga Khan III
    1877-1957

    La doctrine nizarite a été reformulée par Sultan Muhammad Shah Aga Khan (1877-1957). A l’instar des réformateurs musulmans indiens, il considère qu’un ressourcement est un préalable indispensable à une rénovation religieuse. La source première est évidemment le Coran : il y voit un compendium de signes et d’indices qui attendent de recevoir un sens. Comme tel, le Coran contient en germe les réponses aux défis contemporains. L’Aga Khan conçoit un Dieu omniprésent mais qu’on ne peut connaître que sous la forme d’hypostases (âme universelle, réalité éternelle...). Le Prophète est le paradigme de l’homme vertueux qui harmonise paroles et actes. Pour l’Aga Khan, l’interprétation, qui permet de réaliser le passage en actes de la Parole éternelle, s’effectue dans un cadre normatif fourni par le Coran. L’éthique de l’islam est contenue dans la vertu cardinale du hilm (maîtrise de soi) dans laquelle il voit la quintessence de la tolérance. En ce qui concerne la fonction ésotérique de l’imamat, l’Aga Khan n’y fait référence que dans les farman. Seul l’imam du temps (ha zar imam) peut conduire les âmes sur le chemin du salut car sa fonction est d’actualiser le message prophétique et de veiller à ce qu’il reste valide à toutes les époques. L’Aga Khan rappelle par ailleurs que l’ismaélisme est une religion ésotérique (batini) dans laquelle le croyant peut accéder de son vivant au Paradis. Sultan Muhammad Shah a de plus poursuivi l’islamisation de la tradition khoja que ses prédécesseurs Hasan ‘Ali Shah et ‘Ali Shah avaient commencée dans la seconde moitié du XIXe siècle. C’est à lui qu’incomba la tâche d’harmoniser la tradition iranienne et la tradition indienne de l’ismaélisme nizarite. Les noms des avatar hindous furent par exemple remplacés par ceux des prophètes coraniques, alors qu’une partie de la prière (du‘a) était arabisée.

    De nos jours lorsqu'on évoque les ismaeliens sans précision, on fait surtout référence à leur branche principale: les Nizarites dont le chef spirituel l'arrière petit-fils de Muhammad Shah,

    p>Le Nouvel Economiste - No.1055 - 4/07/96 source http://www.ismaili.net/news/saga.html

    LES MILLIARDAIRES MILITANTS
    KARIM AGA KHAN
    ^>Il est prince à Chantilly, vice-roi en Sardaigne, souverain au Pakistan, bienfaiteur au Kenya: le quarante neuvième descendant du Prophète a mille et une vies. Comme il se doit. Mais ses talents, ce business imam les a d'abord mis au service de son peuple, les ismaéliens. Un devoir? Non, une vocation.

    Une piste en latérite, un cabanon. C'est tout l'aéroport de Manyara, au nord de la Tanzanie. Les Massaïs, attroupés autour de la bicoque, n'ont jamais vu pareil spectacle. Un ballet incessant de Cessna soulèvent la poussière rouge. Des Land Rover et des agents de sécurité en pagaille. Toute cette agitation pour la seule venue du président de la République tanzanienne, Benjamin William Mkapa? Pas seulement. Car aujourd'hui Manyara est en fête et attend l'arrivée de Son Altesse Karim Aga Khan IV. L'homme qui, quelques jours plus tôt, portait le chapeau melon parmi les élégantes du prix de Diane, et suivant la course de sa pouliche Khalisa, atterrit à son tour sur l'aéroport de fortune. La jet-set n'est pas ici. Et d'ailleurs l'Aga Khan a laissé son Gulfstream un peu plus au nord, à l'aéroport international de Kilimandjaro, seule piste où pouvait se poser son biréacteur. Alors, que vient faire l'Aga Khan? Le voici. Ceux qui s'imaginent voir surgir un maharadjah enturbanné et couvert de bijoux en seront pour leurs frais. Calvitie prononcée, sourire appuyé, costume gris impeccable masquant une certaine corpulence, visage rond qui le fait ressembler à un Mikhail Gorbatchev sans la tâche de vin…

    Hormis, peut-être, une curieuse chevalière en or au petit doigt et une énorme montre suisse un peu tape à l'oeil, ce sexagénaire au passeport britannique ne se distingue en rien d'un banal patron du multinationale. Pas étonnant d'ailleurs. Car le descendant du Prophète, chef de la communauté ismaélienne, est à Manyara pour affaires.


    Sultan Karim Aga Khan IV et sa nouvelle épouse

    Chef spirituel de quinze millions d'ismailiens à travers le monde, Son Altesse Karim Aga Khan IV est le descendant direct de Mahomet. Fils de Joan Yarde Buller, une Anglaise, et d'Aly Khan, l'Aga Khan a déjà été marié. Le 21 octobre 1969, il épousait Sarah Frances Croker-Poole, une Anglaise qui allait devenir la bégum Salimah. Ils se séparent en 1994. Trois enfants sont nés de leur union: Zahra, 28 ans, Rahim, 27 ans, et Husssain, 24 ans. Divorcée, elle aussi, d'avec le prince Karl Emich zu Leiningen, la nouvelle bégum Inaara a une petite fille de 6 ans, Theresa. La princesse n'a pas l'intention d'abandonner son poste de consultante à l'Unesco. Titulaire d'un doctorat de droit international, elle compte, avec la bénédiction de son mari, poursuivre ses activités centrées sur la promotion du statut des femmes..

    "Je suis ravi d'être ici pour inaugurer l'hôtel Lake Manyara Serena Lodge. Voici 233 nouvelles chambres pour les touristes qui vont découvrir les parcs nationaux de la Tanzanie du Nord, un investissement de 170 millions de francs du Fonds Aga-Khan pour le développement économique." Mais, dans sa manière d'égrener d'une voix monocorde les millions et les projets les uns à la suite des autres, il y a quelque chose d'inclassable: "Je viens d'autoriser notre filiale Service de santé Aga-Khan à lancer la première phase de l'hôpital Aga-Khan de Dar es-Salaam, un équipement de 50 millions de francs. Cette année, nous allons également ouvrir une nouvelle école primaire Aga-Khan dans votre capitale, et le Fonds Aga-Khan pour la culture va investir 30 millions de francs dans la rénovation et la transformation en hôtel de l'un de joyaux de l'architecture coloniale de Zanzibar…"

    Mais quel genre d'affaires le souverain négocie-t-il en Tanzanie? Est-ce du charity business ou du business tout court? Qu'est-ce qui l'attire vers Manyara ou Zanzibar? "Nous connaissons bien Zanzibar. Pendant la guerre, notre famille s'était installé en Afrique de l'Est, à Nairobi. Plus tard, notre grand-père nous a souvent envoyés, mon frère et moi, en tournée dans cette région." Au bord de la piscine, le très distingué frère de Son Altesse, le prince Amyn, costume Savile Row et lunettes solaires profilées, s'étonne que l'on puisse s'étonner que le roi des champs de courses de Chantilly soit aussi un peu celui de la Tanzanie… L'Aga Khan, comme les magnifiques oiseaux du lac Manyara, appartient à une espèce unique. Lui, c'est celle des milliardaires religieux.

    Chef musulman chiite, il est aussi un membre attiré du beautiful people occidental. Il aimerait qu'on parle de lui comme du bienfaiteur de milliers de médecins et d'enseignants qu'il emploie dans les zones le plus déshéritées du globe. Mais c'est quand il divorce d'avec un ex-mannequin britannique qu'il fait les gros titres de la presse mondiale. Ancien membre de l'équipe olympique de ski iranienne et pilier de la saison hivernale de Saint-Moritz, le golden imam se passionne aussi pour le renouveau de l'architecture islamique et pour la culture du haricot et du brocoli au Kenya. Ses couleurs (rouge et vert) font rêver à Longchamp et à Epsom, mais flottent aussi sur les villages dont il finance le développement au nord du Pakistan ou à l'est du Tadjikistan. Les mille et une vies du prince Karim… L'ancien président pakistanais, le général Zia, se limite à en dénombrer cinq, "le chef de famille, l'homme d'affaires, le sportif, le leader religieux et le développeur du tiers monde".

    Ce don d'ubiquité, Karim en a hérité. De son père d'abord. En visitant Kampala, capitale de l'Ouganda, on voit des plaques commémoratives gravées à la gloire d'Ali Khan. Oui, c'est bien le mari de Rita Hayworth, l'amateur de bolides rouges et de nuits blanches qui a inauguré cet hôpital ou cette mosquée. "La presse occidentale ne le voyait que comme un membre de la jet-set. Elle tenait pour acquis que, lorsqu'il partait en Afrique, c'était pour ses vacances", regrette Amyn Ahamed, un ancien avocat de Washington, proche collaborateur de l'Aga Khan.

    Pour comprendre cet extraordinaire cocktail culturel, il faut revenir au prophète Mahomet, au VIIe siècle de notre ère. Certains de ses fidèles verront en son gendre Ali son successeur. Ce seront les chiites. Un siècle plus tard, Ismaël, l'un des descendants d'Ali et de Fatima, la fille bien aimée de Mahomet, est écarté de cette succession spirituelle pour des raisons jamais réellement éclaircies. Ses fidèles, les ismaéliens, qui voient en lui le septième imam, entrent alors en rébellion. Leur secte clandestine, très organisée, part à la conquête du monde. Et garde pour toujours un sens aigu de la solidarité communautaire.

    Leur califat s'étend à partir du XIe siècle sur l'Egypte et le pourtour méditerranéen. Mais leur brillante civilisation fatimide va s'écrouler. Les ismaéliens se disséminent en Syrie, en Asie centrale et en Inde. Au XIXe siècle, grâce à leur quarante sixième imam, ils entrent à nouveau dans l'Histoire. Vers 1930, Mohamed Hassan, gratifié du titre d'Aga Khan (grand chef), est l'un des hommes les plus puissants de Perse. Entré en rébellion contre le shah, il fuit, avec ses fidèles, à travers l'Afghanistan. Repéré par le général anglais Charles Napier pour la valeur de ses guerriers, le chef des ismaéliens devient un fidèle allié de la couronne britannique. Il est alors doté d'une très confortable rente, de terres immenses, de fastueux palais, d'un titre de prince. Suprême reconnaissance: en 1866, un arrêt de la Haute Cour de justice de Bombay le légitime même comme un descendant direct du Prophète. De cette époque date l'immense fortune des Aga Khan. L'heure de la splendeur arrivera avec sir Sultan Mohamed Shah Aga Khan, le grand-père de l'actuel Karim, dont le règne durera soixante-douze ans. L'homme qui, en 1898, dîne avec la reine Victoria sera toujours là, en 1953, pour prendre le thé avec Elisabeth II. C'est dans les années 20 qu'il décide de s'installer en Europe pour se vouer à sa passion des chevaux de course. Habitué des cours princières, marié quatre fois - dont une avec la fille d'un conducteur de tramway français -, il construit des dizaines d'écoles et de dispensaires aux Indes et en Afrique de l'Est. Président de la Société des nations (SDN) avant guerre, il est aussi l'un des pères fondateurs du Pakistan.

    En 1957, le vieux prince s'éteint dans sa propriété de Versoix, près de Genève. A l'ouverture du testament, stupéfaction. Pour lui succéder, l'imam a sauté une génération, et choisi l'un de ses petit-fils, Karim. Ce jeune homme sérieux, élevé pendant la guerre dans la grande maison de Nairobi puis dans les meilleures institutions helvétiques et américaines, sera, comme le veulent les dernières volontés de son grand-père, "l'imam de l'âge atomique". Son père, Ali Khan, grand prince et beau jouer, sillonnera le monde avec Karim pour asseoir sa légitimité chez les ismaéliens, avant de mourir, en 1969, au volant de sa Lancia dans un mauvais virage du parc de Saint-Cloud.

    Le 21 octobre 1969, Karim Aga Khan épouse le mannequin vedette du Swinging London, Sally Crocker-Poole, à la mairie du 4e arrondissement de Paris. Convertie à l'islam, la bégum Salima, bénie par le recteur de la grande mosquée de Paris, irradie de beauté parmi les 800 invités des salons de l'hôtel particulier de Karim, rue des Ursins. Dans les colonnes de Paris-Match, le ministre Olivier Guichard, représentant le général de Gaulle, raconte: "C'était un spectacle unique que ce mariage oriental et féerique, à l'ombre des tours de Notre-Dame. Un cocktail de femmes en caftans incrustés de pierres précieuses, d'élégantes Anglaises aux toilettes acidulées, de maharadjahs enturbannés et d'autres gentlemen du monde des courses." Aujourd'hui, l'imam ne veut plus entendre parler de ces folies princières: "L'étiquette jet-set que me collent les médias occidentaux m'agace. Et plus encore quand c'est de notre foi qu'on s'amuse", s'agace-t-il, recevant le Nouvel Economiste dans son domaine d'Aiglemont, au nord de Paris. Que la presse à sensation fasse des gorges chaudes de son divorce, soit. Mais qu'elle le présente comme un "dieu vivant" devant lequel se prosternent des ismaéliens crédules, lui offrant périodiquement son poids en or, et l'imam sort de ses gonds. Le descendant du Prophète n'a qu'un objectif en ce bas monde: "Dépersonnaliser toutes mes activités."


    INSTITUTE OD ISMAILI STUDIES
    Capture d'écran de leur site.

    Au prix de Diane, ce n'est pas sous la tente Hermès où papillonnent les célébrités que l'on trouvera l'Aga Khan, mais dans la très sobre tribune des propriétaires: "L'efficacité est synonyme de discrétion." L'iman a d'ailleurs bien failli abandonner son écurie, trop voyante à son goût. Il a finalement résisté à sa tentation première après la victoire de Shergar au derby d'Epsom, par un bel après-midi du printemps 1981. Le monde hippique a compris ce jour-là qu'il ne lâcherait plus ses haras. "Le derby m'a convaincu de continuer, il y a une vraie joie dans la victoire, et une tradition familiale à respecter." Oui, Karim est bien le petit-fils de Mohamed Shah Aga Khan qui, au derby d'Epsom de 1939, irradiait de bonheur après la victoire du légendaire Blenheim. Mais, non, Karim n'est pas exactement fait du même or que ses aïeux. Il ne veut pas seulement répartir les richesses de sa communauté: il a décidé d'en créer. L'imam homme d'affaires naît sur le campus de Harvard. L'étudiant est un fougueux idéaliste, mais aussi un apprenti entrepreneur plein de projets. Fasciné par la technologie de l'offset, qu'il découvre en visitant l'imprimerie d'un journal de Boston, il passe aussitôt à l'acte: il achète la même machine, la fait transporter à Nairobi, débauche une des signatures de Fleet Street et lance The Nation, le quotidien des indépendantistes africains contre le colonialisme britannique, devenu l'un des premiers quotidiens d'Afrique de l'Est. Il a 22 ans. En 1962, le jeune imam, qui porte beau et apprécie le yachting, cherche une propriété en Italie. L'un de ses amis lui mentionne l'existence de la Valle dell Infarru (la vallée de l'Enfer) en Sardaigne: "Je voulais un endroit au calme. J'ai signé pour 25000 dollars sans même y mettre les pieds." En fait de propriété, il met la main sur 3000 hectares qui s'étalent sur plus de 50 kilomètres de côtes. Résidences et hôtels de luxe vont s'ériger le long de ce "resort" rebaptisé Costa Smeralda, où environ 4 milliards de francs seront investis depuis. "Je suis devenu un entrepreneur par accident", promet le bâtisseur de la Costa Smeralda. Exemple: sa compagnie aérienne, Meridiana, créée en 1964 pour desservir la vallée de l'Enfer, réalise aujour'hui 1,7 milliard de francs de chiffre d'affaires sur une trentaine de destinations européennes.

    Chez Son Altesse, la foucade devient passion, la passion grand projet, et le grand projet investissement. C'est encore à la suite d'un hasard que l'Aga Khan découvre, en 1985, l'affaire de sa vie. Bloqué dans ses projets d'extension de la Costa Smeralda, il acquiert pour 1,2 milliard de francs, auprès d'un homme d'affaires italien, Ciga Hotels. Une chaîne propriétaire de vingt-deux palaces européens, dont la célèbre Danieli à Venise. Restauration à grands frais, croissance externe accélérée, l'imam construit le plus prestigieux groupe hôtelier d'Europe, qui compte bientôt trente-six adresses en or massif. Arrive la guerre du Golfe et la dévaluation de la lire. Malgré les 700 millions de francs réinjectés par l'Aga Khan, le groupe plonge dans le rouge. A l'automne 1994, l'affaire tombe dans l'escarcelle de l'américain ITT Sheraton. Combien a-t-il perdu? Mystère. "Ce que je peux vous dire, c'est que le bilan de mes affaires en Italie est financièrement positif", explique le prince. Mais une blessure s'est ouverte. Actionnaire majoritaire de la compagnie Meridiana et propriétaire de 49% de la Costa Smeralda, le business-imam en restera là: "Tout homme a son temps limité, et ma vocation n'est pas d'être un entrepreneur en Occident. Continuer dans cette voie m'aurait éloigné de mon rôle." Car le dessein du prince est désormais ailleurs, dans les mailles du Réseau. Le Network, cas c'est ainsi qu'est baptisée cette incroyable nébuleuse où l'imam des ismaéliens fait prospérer l'argent de ses 15 millions de fidèles. A ne pas mélanger avec le sien. Quand Karim Aga Khan, actionnaire majoritaire de Ciga, rachète l'hôtel Meurice, à Paris, c'est avec sa fortune propre. Quand il construit, en 1996, le Lake Manyara Serena Lodge, c'est avec les fonds confiés par ces ismaéliens.

    Descendant de Mahomet, l'Aga Khan est à la tête d'une drôle de religion. Il n'y a pas de clergé, mais des "comités de la communauté". Il n'y a pas de lieux de culte, mais des "centres culturels", des Djamatkhanas. Avec un lieu de méditation, mais aussi des salles de réunion équipées de fax et de téléphones, des bibliothèques et des galeries d'exposition. Le grand-père de l'imam, pour expliquer sa fonction, la comparait à celle du pape. "A une différence près, précisait-il. Le pape n'a que'une mission spirituelle auprès de son peuple. L'imam, lui, s'occupe aussi des intérêts temporaires des siens." Karim Aga, imam depuis près de quarante ans, aime dresser son bilan de chef mi-spirituel, mi-temporel: "Nos objectifs ont été atteints. Tous les ismaéliens ont accès à un système primaire d'éducation, de santé. Dans dix ans, il faut que 75% d'entre eux aient accès à l'éducation secondaire et à des équipements hospitaliers de pointe." On l'aura compris, les ismaéliens forment une communauté organisée. Ils ont mis sur pied leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs compagnies d'assurances, leurs banques. Autant d'institutions qui ont été peu à peu ouvertes aux "indigènes" afin d'intégrer la communauté dans chaque pays. Le ciment de cette diaspora, c'est lui, cet homme policé, dont les encycliques ressemblent davantage à des business plans qu'à des bulles papales. Avec la zakat (la dîme), chaque fidèle lui donne une partie de ses revenus, qu'il réinvesti au profit de chaque communauté, dans chaque pays. La Fondation Aga-Khan, l'un des piliers du Network, reçoit ainsi chaque année environ 150 millions de francs de l'imam. Sans que l'on sache toutefois quelle part de cette somme provient de cette fameuse dîme.

    Ce système avait été poussé à son paroxysme par Mohamed Shah Aga Khan lors des fameuses "pesées". En 1937, pour ses cinquante ans de règne, il reçoit de ses fidèles son poids en or. Pour les soixante ans, la pesée sera en diamants. Exploitation de sujets crédules, détournement de fonds? Erreur. "Le système colonial ne nous offrait pas d'accès suffisant aux institutions financières", explique Zaher Ahamed, l'un des hommes clés de la communauté ismaélienne kenyane: "Avec le jubilé de 1937, nous avons créé notre compagnie d'assurances, Jubilee Insurance, puis, dix ans après, c'était les caisses d'épargne Diamond Trust."

    L'imam-manager a pris à coeur ce rôle de "chef de réseau" pour le développer, l'organiser et le… rentabiliser. Dans le parc de sa propriété d'Aiglemont, près de Chantilly, il a fait construire des bureaux paysagers à l'américaine. Le management du Network est assuré par une petite centaine de professionnels de seize nationalités différentes, issus des meilleures universités anglo-saxonnes, et dotés du curieux statut de… gens de maison! Le cadre est luxueux, mais il rappelle plus l'atmosphère d'un campus universitaire qu'un palais des mille et une nuits. Tout est fonctionnel, la langue officielle est l'anglais et HH (His Highness) n'est guère plus souverain qu'un managing director. Ambiance feutrée, réunions de conseil d'administration compassées, déjeuner rapide au self-seuls les couverts en argent rappellent qu'on est ici chez un prince… C'est à Aiglemont que remontent les budgets et d'où partent les instructions du Network. Ver la Jubilee et la Diamond de Nairobie, la Development Credit Bank de Bombay, ou la New Jubilee, l'un des principaux assureurs pakistanais. C'est d'ici que sont dirigés 1300 salariés dans une douzaine d'hôtels au Kenya, en Tanzanie et au Pakistan. C'est encore d'Aiglemont que règne Anwar Poonawala, sur 7000 salariés, dans une quarantaine d'entreprises aussi variées que le joint-venture Alcatel Pakistan Ltd., le groupe de packaging ivoirien Filtisac, ou encore le producteur de haricots kenyan Frigoken.

    Toutes ces participations financières, touristiques ou industrielles sont regroupées depuis 1984 dans le Aga Khan Fund for Economic Development (Akfed), une holding dont les actifs dépassent 4 milliard de francs. Inspiré par les méthodes du capital-investissement, Karim Aga Khan croit dur comme fer que "c'est le marché, et non les pouvoirs publics, qui est l'acteur du développement". Y compris dans le tiers monde. Exemple: en 1977, l'Aga Khan décide de lancer un programme afin de faire face à la crise du logement en Inde. Avec la Banque mondiale et un partenaire financier local, il investit 15 millions de francs pour fonder la Housing Development Finance Corporation, un établissement spécialisé dans le crédit hypothécaire. L'affaire devient tellement rentable que la concurrence s'engouffre dans le créneau. Vingt ans après, des millions d'indiens ont pu avoir accès à la propriété et le Network cède sa participation en Bourse, récupérant cent fois sa mise de départ! Un beau geste pour le développement, une affaire en or: voilà résumée la double mission de l'état-major d'Aiglemont.

    Avec la fin de la guerre froide et la conversion de nombre de pays du tiers monde aux vertus du libéralisme, l'imam se sent pousser des ailes. La Tanzanie, l'Ouganda, le Mozambique, Madagascar, le Tadjikistan: autant de pays où l'esprit d'entreprise prends corps et où l'Aga Khan réactive le Network: "Un souffle d'oxygène passe, la capacité à faire des choses a complètement changé". L'imam islamo-libéral exulte et sillonne plus que jamais le monde à bord de son Gulfstream. Pourtant, il traverse personnellement une mauvaise passe financière - c'est l'époque où les hôtels Ciga battent de l'aile. Mais qu'importe: Aiglemont doit dégager suffisamment de ressources pour financer tous les programmes sociaux du Réseau. "La logique du Network est celle de l'autosuffisance, qui, seule, peut apporter une solidité structurelle. Dépendre de la générosité n'est pas sain à long terme", insiste Karim Aga Khan, théoricien de l'autodéveloppement. Le Réseau, s'il est du jour au lendemain privé de la générosité et de la personnalité de l'imam, doit pouvoir tourner seul au service du développement.

    Le propos est précis, le discours extrêmement structuré. On est dans le domaine de l'excellence, appliquée à la philanthropie. Karim n'a pas fait ses études à Harvard pour rien. Il a l'élitisme chevillé au corps et le zéro défaut comme doctrine. Ses hôpitaux, ses écoles, ses banques, ses usines, ses hôtels se doivent d'être la référence. "Le fait d'être une entreprise estampillée Aga Khan me permet, à la Foire de Bologne, de rassurer mes contacts qui ne voient pas toujours d'un bon oeil les sociétés africaines, confie Karim Peerbhoy, le patron de Leather Industries of Kenya. En contrepartie, je sais que je ne peux me permettre de fournir un produit médiocre." Mais soudain, Garry Wilkinson s'impatiente. Le conseiller de HH pour les relations avec les médias occidentaux trouve qu'Aiglemont donne de l'imam une image trop businessman. Le Network ne doit pas être compris comme une multinationale américaine. "Vous devez absolument aller voir Bob Shaw à Genève." Bob Shaw? Une personnalité hors du commun. Ancien d'Oxford, de Harvard et de Princeton, ayant appris son métier à la Banque mondiale, il a rejoint le Network pour en faire un vrai laboratoire du développement. A la fondation Aga-Khan, qu'il dirige, on cultive comme sur toutes les terres du prince le culte de la responsabilisation par l'argent. La prochaine mise en place d'une banque des pauvres dans la région de Gilgit, au nord du Pakistan, est l'une des plus grandes fiertés du patron de cette organisation non gouvernementale un peu spéciale. "L'Aga Khan s'implique beaucoup dans ce programme, auquel il consacre dix jours par an. D'ailleurs, s'il s'en fichait, il y a bien longtemps que je ne travaillerais plus ici", promet Bob Shaw. Il s'agit, il est vrai, d'une expérience extraordinaire. Après le prince milliardaire, le prince-imam, le prince capital-investisseur, voici un prince saint-simonien construisant une sorte de société idéale. Sa révolution culturelle, il l'a faite, lui aussi, en 1968.

    "J'ai observé et beaucoup réfléchi, cette année-là. Après différentes études socio-économiques, j'ai acquis la certitude que le développement du tiers monde ne passait ni par l'urbanisation, ni par la planification, ni par les mégaprojets, mais par le développement de l'esprit d'initiative en milieu rural", explique aujourd'hui l'imam, intarissable sur le sujet. Voilà la théorie. Voici la pratique. L'Aga Khan décide de prendre en mai le développement d'une région de la taille de l'Irlande qui se trouve aux confins du Pakistan, de l'Afghanistan, de la Chine et de l'Inde. Avant de débloquer le moindre dollar, le prince exige des villageois du Nord-Pakistan qu'ils réforment leurs rapports hiérarchiques. Il n'y a plus d'anciens ni de chefs coutumiers, mais des organisations élues avec un président et un manager (sic). Ces organisations décident d'investissements qu'ils réaliseront après une étude de faisabilité de la Fondation. Cette dernière formera, par ailleurs, certains membres de l'organisation pour en faire des experts capables de retransmettre leur savoir. Le désenclavement du village et une meilleure utilisation du sol permettront alors d'augmenter le revenu et de créer une épargne gérée par l'organisation. L'épargne sera investie ou prêtée sur des projets précis et avec l'appui de la Fondation. Le programme va jusqu'à préciser que les retraits de fonds devront être autorisés par l'organisation, mais aussi par la Fondation. Un vrai Big Brother de la charité. Et cela marche… Les 900000 habitants de la région de Gilgit ont non seulement atteint, comme prévu, l'autosuffisance alimentaire, mais leur revenu par tête a doublé en dix ans. Les experts de la Banque mondiale ont, à plusieurs reprises, fait le voyage pour observer ce phénomène économico-sociologique. Le prince lui-même a bien l'intention d'exporter son modèle.

    "Nous vous attendions depuis mille ans." En 1995, 60000 ismaéliens retrouvent leur imam près de Khorog, la capitale du Gorno-Badakhchan, à l'est de l'ex-République soviétique du Tadjikistan. L'accueil est d'autant plus délirant que l'Aga Khan descend de son hélicoptère avec de bonnes nouvelles. Il étudie depuis deux ans le sort de cette province et il a décidé d'en faire un nouveau Nord-Pakistan. Une aide d'urgence de 90 millions de francs sera allouée en 1996 et le Pamir Relief and Development Programme est mis en place. L'Aga Khan exulte: "Nous allons construire, pour la première fois, derrière le marxisme. La population est éduquée et l'accès à la médecine satisfaisant. Pour le reste, il faut tout repenser." Avec un objectif: l'autosuffisance alimentaire dans huit ans.

    A un paysan de la région de Gilgit, un journaliste anglais demandait un jour qui donc était l'Aga Khan: "Un homme bon qui a une maison en France." C'est sans doute l'épitaphe qui rendrait le plus heureux le quarante neuvième descendant du Prophète. Mais Son Altesse Karim Aga Khan IV ne peut rien contre son autre destin. Ne vient-il pas de faire la une des gazettes en intentant un procès à son ex-femme pour tenter de l'empêcher de mettre en vente, chez Christie's les bijoux dont il l'avait couverte? Les chroniqueurs n'ont jamais eu pareil scandale à se mettre sous la dent depuis le vol des bijoux de la bégum dans la Cadillac de Mohamed Shah Aga Khan. C'était en 1949…

    Qu'ajouter de plus. Vous avez maintenant un aperçu de la version noble de l'Islam. Version qui contraste avec le Salafisme radical qui est divulgué dans les banlieues des cités occidentales ou sévit désormais un communautarisme archaïque.

     

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